Gaslighting en entreprise : une tactique méconnue de manipulation

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GaslightingGaslighting ?

Le terme Gaslighting est tiré du film Gaslight, 1944 (avec Charles Boyer et Ingrid Bergman) dans lequel Charles Boyer, qui joue le rôle du mari, mène sa femme, Ingrid Bergman, à croire qu’elle est devenue folle.

1. Dans la vie quotidienne

Le gaslighting est un procédé de manipulation visant à déformer la réalité de la cible, à lui faire croire fermement que c’est elle qui bascule dans la folie en manipulant subtilement son environnement. C’est un procédé très fin, subtil, difficilement identifiable par les cibles.

Cependant, nous utilisons sciemment ce procédé dans notre vie. Prenons l’exemple facile d’un couple marié dont un des conjoints est adultère. Le partenaire trahi commence à sentir que quelque chose ne va pas… Peut-être même a-t-il des soupçons fondés…

Néanmoins quand il en fait part, le conjoint infidèle commence à nier en bloc avec beaucoup d’aplomb. La deuxième phase consiste à dire : « Mais comment tu peux penser ça de moi ?? Tu penses vraiment que je pourrais être capable de te faire ça ? ». Il trouve des parades pour les éventuelles preuves.

Le conjoint trahi se sent honteux d’avoir eu de telles pensées, et se persuade qu’il se fait des illusions. Puis peu à peu, il transforme sa réalité en faveur de celle du partenaire volage.

 

2. Le profil typique du  « gaslighter »

Les psychopathes ou selon l’appellation clinique, les personnes qui souffrent d’un « trouble de la personnalité antisociale, selon le DSM V (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) sont les principaux acteurs de cette tactique.

Pour être concis, ce sont des prédateurs. Ils sont trompeurs, manipulateurs, narcissiques, ne montrent pas de remords, prennent du plaisir devant la souffrance infligée aux « proies ». Ils ont également du sang-froid, ne ressentent pas d’empathie, désirent dominer, se conduire comme une main divine. Les lois sociales ne sont pas intégrées par ceux-ci.

Selon Mathieu Poirot, leurs milieux de travail privilégiés sont les environnement agressifs (ex. trading) « […] où les gains sont substantiels et le travail peu régulé. ». Nous les retrouvons également dans les postes de direction et parmi les chirurgiens, professions qui permettent d’asseoir une autorité quasi « divine ». Ils se représentent comme ceux qui ont le pouvoir de détruire votre vie ou de la sauver. L’absence d’empathie leur permet de faire des choix peu populaires, de prendre des décisions risquées, et d’être extrêmement précis.

 

3. Gaslighting au travail

Rappelons que le profil du harceleur en entreprise répond à celui de la personnalité antisociale.

Selon l’article du Dr George Simon PhD, Gaslighting revisited: A closer look at this Manipulation Tactic (auteur également de Character Disturbance: The Phenomenon of Our Age, Parkhurst Brothers Publishers Inc; Marion, 2010), le “dirty fighting” « le sale combat », consiste en des attaques agressives, mais déguisées, mettant la cible constamment sur la défensive et facilitant des réactions disproportionnées.

Bien plus, la cible est incapable d’identifier les motivations du harceleur. Pour la victime, son ressenti et ses émotions deviennent peu à peu irrationnels, « As a result, the end up feeling more than a little crazy » (« A la fin, l’émotion finale est bien plus qu’une légère folie »).

Le harceleur isole sa cible en retournant son environnement professionnel contre elle. Il pointe du doigt ses problèmes psychiatriques. Son environnement montre de l’hostilité. La cible, quant à elle, pense: « I’ve always thought were something wrong with them but perhaps there really is something wrong with me. » (« J’ai toujours pensé que quelque chose n’allait pas avec eux, mais peut-être qu’il y a réellement quelque chose qui ne va pas avec moi » – folle, paranoïaque, stupide…

En réponse aux réactions de la cible, le harceleur la pousse à ressentir de la honte, la fait se sentir coupable ou feint l’ignorance d’une façon tellement audacieuse que personne n’ose mettre sa parole en doute.

Selon George Simon : « The scenario is simple : when you get confronted on something you know will expose you for the unsavory character you are, act offended and hurt, appear resolute, and question the sanity of your accuser. The script is not only simple, it’s also generally effective.» (« Le scenario est simple : lorsque vous êtes confronté à quelque chose dont vous savez qu’il exposera votre caractère de façon désagréable, montrez-vous offensé et blessé, paraissez résolu et remettez en question la santé mentale de votre accusateur. Le script n’est pas seulement simple, il est aussi généralement efficace. »)

 

Les signes du Gaslighting

L’article de Stephanie A Sarkis PhD, 11 Warning Signs of Gaslighting, met en évidence les tactiques du harceleur.

  • Ils mentent avec une grande conviction (et la victime le sait).
  • Ils contestent tout ce qu’ils auraient pu dire (même si la cible a des preuves).
  • Ils attaquent sur des points très sensibles de la cible, les éléments constituant son identité (famille, passion personnelle).
  • Ils assènent leurs coups de manière insidieuse, graduellement pour saper les fondations de la cible.
  • Ils sont contradictoires. Leurs propos ne concordent pas avec leurs actes.
  • Ils utilisent le renforcement positif pour jeter la cible dans la confusion. Ex. dans la même journée, le harceleur hurle sur sa cible qu’elle est totalement incapable ; puis quelques heures après, il la convoque pour lui dire combien elle est importante pour lui et l’équipe, qu’elle est un élément clef.
  • Ils font en sorte que la cible se questionne constamment. Ils visent l’effondrement de sa stabilité.
  • Ils font des projections. S’ils mentent ou volent, ils accusent la cible de faire cela.
  • Ils coalisent les collègues contre la cible.
  • Ils disent à tout le monde que la cible est folle.
  • Ils disent à tout le monde que la cible est une menteuse.

 

Gaslighting et autres formes de harcèlement

D’après l’ouvrage de Matthieu Poirot, Les situations difficiles au travail : Gestion des risques psycho-sociaux, Elsevier Masson, Issy-les-Moulineaux, 2013, il existe 4 phases dans le harcèlement :

  • Communiquer de façon contradictoire : d’un côté le harceleur (en position hiérarchique supérieure) fait des compliments et de l’autre réprimande, dénigre la cible ou son travail. La cible n’arrive plus à maintenir une identité professionnelle stable dans ce contexte.
  • Remettre en question directement et de manière soutenue le professionnalisme de la cible visant son isolement de la collectivité : le harceleur met régulièrement la cible dans une position de non performance. Par exemple, il peut dire à l’équipe que la victime ne fait rien et que le groupe travaille à sa place. Celui-ci se dresse alors contre la victime. Ensuite, le harceleur divise pour mieux régner : il convainc son propre supérieur (verticalité des rapports) qu’il gère le comportement difficile de la cible, tandis que vis à vis du groupe (horizontalité), il prétend que la hiérarchie refuse de prendre de mesures. Cette mise-en-scène exacerbe les tensions et les émotions négatives au sein de l’équipe.
  • Utiliser la réaction de la cible pour la psychiatriser au sein du groupe de travail : si la victime réagit, le harceleur fait passer son attitude émotionnelle comme une instabilité psychiatrique et encourage le groupe à l’isoler.
  • Faire craquer la cible en dégradant directement ses conditions de travail, pour qu’elle démissionne ou soit en arrêt maladie de longue durée : la perte de l’emploi est la conséquence professionnelle du harcèlement. Le but est atteint : dépression majeure, burn-out, etc. Si la cible « refoule » sa situation, la détresse peut devenir telle que le suicide devient une option réelle pour sortir de l’impasse.

 

Prévention

A partir de deux semaines d’un comportement gênant et d’un sentiment de malaise, la cible peut déjà commencer à s’interroger et signaler aux Ressources Humaines le comportement suspect. Ensuite, si le harceleur est le chef direct de la cible, cette dernière doit contourner la hiérarchie car il y a des chances que le harceleur ait déjà prévenu son chef de l’attitude erratique de la cible.

Suivre les conseils de la Confédération :

« Si vous soupçonnez que des collègues de travail (une personne en particulier ou un groupe de personnes) ou votre supérieur vous harcèlent, commencez à rassembler des preuves attestant les chicanes et l’exclusion dont vous faites l’objet. Ces actions peuvent prendre diverses formes : invectives, insultes, critiques incessantes, harcèlement téléphonique, menaces ou attribution de tâches inutiles ; faire comme si la personne n’existait pas est aussi une forme de mobbing. Pour pouvoir intenter une action contre les responsables, il faut d’abord disposer de preuves. Discutez si possible avec votre employeur et faites-lui part de votre soupçon. S’il refuse la discussion ou si le résultat est insatisfaisant, vous devez informer votre employeur par écrit et lui demander de l’aide. L’employeur y est contraint par la loi. S’il ne prend aucune mesure pour mettre fin au harcèlement, vous pouvez vous adresser à l’inspection cantonale du travail. »

Un soutien psychologique est fortement recommandé. Le Gaslighting peut provoquer à long terme une distorsion de la réalité. La victime peut avoir et vivre une crise identitaire personnelle, comme professionnelle.

 

Informations utiles

Photo credit : www_slon_pics via pixabay.com

Roselyne Mialet

Roselyne Mialet


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Comments

  1. Danielle Jean-Parchet

    Article très intéressant. J’ai vécu ce harcèlement avec une de mes collègues qui a fini par démissionner. Elle a malheureusement dû prendre beaucoup de temps pour s’en remettre. Il faut vraiment que le monde du travail dénonce ces manipulateurs et protège les victimes.

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