La satire a-t-elle des limites ?

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limite satireUn vieil adage populaire dit que « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ». Cependant, les aspects légaux de la liberté sont un peu plus complexes. Alors que la liberté de presse fait la une des journaux suite aux attentats de Paris. Qu’en est-il de la loi suisse ? Quelle règlementation régit les médias suisses ? Pouvons-nous vraiment rire de tout ?

Caricatures, articles, musique ou peinture, la satire est un genre qui n’a jamais cessé de divertir le peuple tout en remettant en question les tabous, les icônes et les mœurs. D’origine latine, elle a survécu aux censures imposées par les cultures et les humeurs des rois et des dirigeants de chaque époque. Alors qu’elle fut interdite par Napoléon, elle a trouvé refuge en Angleterre jusqu’à la chute de l’Empire. Molière, La Fontaine et La Bruyère en sont les plus célèbres représentants. De nos jours, la satire est règlementée par l’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radiotélévision (AIEP) et le Conseil suisse de la presse.

L’art de la satire est complexe : provoquer et ridiculiser peut provoquer des dérives. C’est pourquoi le tribunal fédéral exige que la satire soit reconnaissable, elle ne doit pas « dépasser dans une mesure intolérable les limites propres à sa nature », et dans le doute, les autorités procèdent à une méthode appelée le déshabillage, c’est-à-dire qu’ils extraient l’essence du message du manteau de satire qui l’habille. En 1982, la justice allemande a fourni un étonnant exemple de cette démarche : la compagnie d’aviation Lufthansa a déposé plainte contre le détournement de son logo. A la place d’une grue en l’air, il y en avait deux en train de s’accoupler en plein en vol. Le tribunal a consulté le livre « La Vie des Animaux » de Brehm et a constaté que les grues ne peuvent pas s’accoupler en vol. En conséquence, il s’agissait de façon reconnaissable d’une représentation irréaliste, particularité essentielle de la satire. De ce fait, le détournement de ce logo était protégé par la liberté satirique.

Faire de la satire ne s’improvise pas, ce genre demande beaucoup de réflexion. La loi suisse est très souple, cependant c’est à chaque auteur de juger la pertinence des ses propos. Il est possible de rire de tout, mais pas n’importe quand, n’importe où, n’importe comment ou avec n’importe qui. Trouver le bon moment pour chaque chose… c’est tout l’art de la satire.

Source :

http://www.a-d-s.ch/home/fileadmin/pdfs/La_satire_face_a_la_justice.pdf

Images :

https://www.flickr.com/photos/leschampslibres/5178250545

Comments

  1. Maude Gaudard Garcia

    Un aspect supplémentaire serait que la satire ne devrait pas mener à une rupture du lien social. Nous l’oublions peut-être trop dans nos sociétés occidentales qui tiennent tant aux libertés individuelles.

  2. Roya SAIDALI

    Nous devons tous nous battre pour la liberté de la presse dans le monde. Toutefois, il est important de noter que le rire comporte à la fois une dimension universelle et une dimension culturelle.

  3. Wendt Juan-Carlos

    Il suffit donc de “déformer une réalité” et de la mettre dans une situation impossible pour avoir une caricature satirique ?!? A méditer!!!

  4. Jean-Philippe

    Article très intéressant et d’actualité sur la satire où l’on apprend qu’elle fut interdite du temps de Napoléon et qu’elle a trouvé refuge en Angleterre.

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