Le chemin de l’insertion professionnelle pour les femmes issues de violences – rencontre avec le Foyer Arabelle

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Arabelle

©Photo Rebecca Bowring

Le Foyer Arabelle et sa Crèche

Depuis plus d’un demi-siècle, le foyer Arabelle et sa crèche s’impliquent avec beaucoup d’amour et de bonté, pour les femmes et enfants en difficulté, vivant des violences domestiques. Dans une écoute active et bienveillante, l’association apporte cet accompagnement et ce soutien inestimable vers le chemin de la motivation, pour arriver à transformer en douceur cette souffrance du passé en espoir pour l’avenir. Tout est adapté aux besoins de ces femmes, que ce soit les projets, l’accompagnement, les activités, les thérapies, les AEMV (Accompagnement Educatif en Milieu de Vie), le SES (Service Externe de Soutien), la crèche et les thérapeutes pour les enfants.

Peu importe la nationalité, l’âge, le nombre d’enfants ou leurs parcours, il n’y a aucune différence. L’aide et le soutien nécessaires à une reconstruction progressive est le plus important. La crèche, présente conjointement au foyer, fait partie intégrante de la structure, et elle est une aide précieuse aux femmes dans leur parcours à Arabelle. Elle reçoit également des enfants de la commune. Les équipes éducatives, tant de la petite enfance que spécialisée, en sont le pilier.

 

Le changement de vie : entre sécurité et contrainte

En arrivant à Arabelle, les femmes trouvent à la fois de la sécurité et de la contrainte.

Il y a tellement de profils et d’histoires différentes, qu’à chaque fois c’est dissemblable. Pour des femmes plus jeunes qui ont déjà beaucoup d’expérience de placement, Arabelle est un lieu de plus avec de la contrainte. Pour des femmes qui sortent d’un domicile hyper effrayant, très angoissant et extrêmement anxiogène, elles se terrent presque dans leurs chambres en retrouvant leur petit cocon et la sécurité. Tout se remet en route doucement et ces femmes-là sont plutôt rassurées. L’équipe éducative fait en sorte que ce soit le moins violent et le plus bienveillant possible pour elles. C’est un lieu sécurisant sans agression de l’extérieur.

 

Création d’un lien de confiance

L’équipe éducative prend également du temps pour créer un lien avec elles, à leur rythme, et cela va être très différent selon les personnes. Certaines prennent beaucoup de temps pour créer ce lien avec les éducatrices et d’autres le feront dès leur arrivée.

Le but est qu’elles viennent d’elles-mêmes, mais le temps d’adaptation est important afin qu’elles s’ouvrent gentiment. Il y a mille histoires et mille façons différentes de faire auprès de ces femmes et l’équipe s’adapte à chaque personne. Leurs enfants jouent un grand rôle également. Si elles arrivent avec des bébés, avec des nouveau-nés ou avec des grands (qui ont plein de questions et qui ont besoin de réponses aussi), cette arrivée a tout autant besoin d’être pris en soin. Ces enfants demandent beaucoup, car eux aussi, sont en souffrance, ils expriment parfois plus que les mamans. Pour ces enfants ce passage est également compliqué. Il n’y a plus leur papa et en même temps, il n’y a plus les violences et c’est à la fois autant réconfortant que déstabilisant.

En moyenne, la durée du séjour est d’un an, parfois un peu plus. Le séjour à Arabelle a un coût et certaines le financent, car elles travaillent. D’autres sont à l’aide sociale ou au chômage, et sont donc financées par des tiers.

 

Un cheminement vers l’intégration

Aujourd’hui, Arabelle accueille des femmes âgées de 16 et 45 ans. Pour les femmes au-dessus de 40 ans, l’insertion se montre plus compliquée. Elles présentent toutes les contraintes d’être maman solo et d’avoir des enfants qui ont encore besoin d’aide. Puis à 40 ans, soit elles ont un bagage difficile, soit elles doivent tout reprendre.

La barrière de la langue a indéniablement un rôle important. Pour certaines, il faut tout reprendre à zéro et pour d’autres, l’insertion professionnelle n’est même pas envisageable.

Ce cheminement arrive dans un second temps, car l’aspect psychologique a une place importante et prime sur tout. Au début, c’est un retour sur soi et les enfants. L’équipe éducative travaille beaucoup avec le réseau social de Genève, qui présente des mesures ciblées en lien avec la période où elles en sont et leur évolution. Selon les parcours, on y trouve des besoins, tels que la remise à niveau de cours de français-math graduellement (2 x 2h / sem.), un apprentissage, des formations très concrètes et très pratiques dont le financement est assuré par l’Etat, pour celles qui sont plus à même de retrouver tout de suite un emploi. Une collaboration avec Camarada, qui propose des formations complètes par exemple, est de mise. Certaines retournent directement sur le marché de l’emploi, car elles avaient déjà un petit réseau. Le niveau de chacune est donc totalement différent et variable par rapport à la réinsertion professionnelle.

Tout le travail effectué avec elles précédent l’insertion ou la réinsertion professionnelle, participe à leur évolution également dans ce sens. Les ateliers centrés sur les femmes (socio-esthéticienne, photo, massage, réflexologie), par exemple,  sont des étapes incontournables et contribuent à leur reconstruction, avant de s’engager professionnellement. Chaque femme a ses particularités et son parcours. La réinsertion professionnelle dépendra donc de tellement de facteurs différents, qu’il n’y a pas de ligne directive.

arabelleL’insertion professionnelle

Professionnellement, il y a toutes les configurations. Certaines travaillent, d’autres sont au chômage, ont dû interrompre leurs formations pour des raisons diverses ou n’ont aucune formation et n’ont jamais travaillé. Chaque cas est particulier. L’équipe éducative les accompagne au niveau éducatif et social, dans toute cette construction ou reconstruction en amont, avant d’arriver à se lancer professionnellement. Puis, elle les oriente, mais est également le lien avec des structures qui leur correspondent le plus ou des mesures adaptées qui les accompagneront dans ce chemin professionnel (Hospice, associations, etc.). Les assistantes sociales restent un pilier dans cet accompagnement sur le chemin professionnel.

Cependant, avec des enfants à charge, elles ne peuvent pas se réinsérer professionnellement ou dans des études comme elles veulent. La crèche adjacente à Arabelle est une plus-value pour ces femmes, et cette garde d’enfants représente un atout énorme. En effet, sans garde d’enfants, elles ne peuvent rien faire, car dans leur contexte, elles n’ont aucun relais, ni famille pour les aider. Arabelle représente un cocon autour de la femme. Soit, elles perdent tout leur entourage, soit elles sont issues de la migration et la famille est à l’étranger. Et c’est sans compter les relations conflictuelles avec leurs propres familles. Le soutien de l’entourage pour les enfants en bas âge devient alors difficile.

 

Des ressources à différents niveaux

Il y a des femmes qui arrivent à Arabelle suite à une décision d’un juge par mandats du SPMI. Ces femmes ont une aide financière pour séjourner à Arabelle. Celles qui s’engagent dans un processus de retour à l’emploi ou de formation, sont généralement prêtes à le faire, sinon elles ne démarchent pas. Mais, afin que la tentative de réinsertion professionnelle ne soit pas vécue comme un nouvel échec ou comme une violence, les étapes premières sont importantes comme cité.

Certaines ont quand même de supers parcours et quand c’est le moment, grâce à tout cet entourage et à la sécurité pour les enfants, elles sont capables de beaucoup de choses. Ces femmes ont énormément de difficultés, mais elles ont également énormément de ressources insoupçonnées et l’équipe éducative s’appuie là-dessus. Ce sont des battantes ! Certaines jeunes femmes ont travaillé avec des nouveau-nés et ont réussi leur apprentissage en travaillant jusqu’à des heures tardives, parce qu’elles le voulaient. Mais l’âge est aussi un facteur important. Des femmes d’un âge plus avancé ont d’autres projets, qui sont plus centrés sur leurs besoins et leurs envies. Ceux-ci prennent un peu plus de temps, mais ont un peu plus de sens pour elles également.

Les difficultés sont aussi différentes quand une femme a perdu son emploi, souvent en raison de l’absentéisme répété suite à des violences subies. C’est un échec supplémentaire et le chemin de reconstruction et de valorisation en amont est d’autant plus important.

 

La présence éducative à Arabelle

Actuellement, plusieurs femmes travaillent dans le nettoyage et c’est compliqué, car elles n’ont pas le droit à l’absentéisme. L’équipe éducative est en lien avec les employeurs, pour leur rappeler les lois, les difficultés présentes et leur situation. Et parfois, il suffit de peu dans la médiation pour aider. C’est une sorte de tampon entre l’employeur et ces femmes qui montre également qu’elles ne sont pas toutes seules. Ces femmes peuvent indéniablement être fragilisées dans l’emploi.

La majorité des femmes qui arrivent  au foyer sont sans emploi. Cela évolue gentiment, mais cela reste la majorité. Quand elles partent, et cela fait partie des objectifs, elles sont soit en cours de formation, soit en emploi. C’est une part intégrante de la reconstruction de leur vie. Le but est qu’en quittant le foyer, elles se relancent dans quelque chose. Même si ce n’est pas encore dans l’emploi pur, elles sont quasiment toutes, soit en cours de français, soit dans une remise à niveau, soit dans une mesure de l’Hospice etc.. L’accompagnement dans la recherche d’emploi, la rédaction des lettres de motivation, la préparation des entretiens, est plutôt suivi par des personnes issues de mesures adaptées, en réseau avec Camarada ou d’autres associations plus spécialisées dans la réinsertion professionnelle.

L’équipe éducative ne les accompagnent pas aux entretiens d’embauche, d’une part, parce qu’elles ne voudraient pas de leur présence et d’autre part, parce que quand elles se lancent, c’est qu’elles sont prêtes à y aller seules. La pure réinsertion professionnelle se fait avec le réseau qui existe déjà, d’où la redirection vers les instances compétentes existantes.

 

Un rapport à l’emploi qui dépend du vécu

Le rapport que ces femmes ont avec l’emploi au moment de reprendre ou de débuter une activité professionnelle est très varié.

Tout dépend du parcours vécu car, pour celles qui ont subi l’enfermement par exemple, il sera très compliqué ne serait-ce de se projeter dans un emploi. Pour d’autres, il sera difficile de respecter un cadre ou un horaire. Ce fameux travail en amont est donc très important, afin qu’elles puissent d’elles-mêmes s’ouvrir à intégrer un emploi. A rappeler que quand elles arrivent au foyer, l’aspect emploi n’est pas du tout une priorité. Les objectifs fixés sont adaptés à leur situation. L’ouverture à un emploi ou une formation se fait au gré du temps et de leur évolution, et c’est à ce moment-là que ce projet peut se mettre en place. A terme, la plupart des femmes hébergées au foyer arrivent à se projeter dans un avenir professionnel. Néanmoins, du fait de leur situation personnelle, certaines femmes ne sont pas en mesure d’envisager une reprise d’activité.

Ce qui reste compliqué pour la plupart, est de retrouver un emploi compatible avec la vie de maman solo. C’est une réalité très présente, car les employeurs ouverts à ces situations sont minimes ! Cela fonctionne tant qu’elles sont en foyer. Ensuite, Arabelle trouve des relais pour le suivi, car elles partent dans ce qui est nommé des « appartements relais ». C’est important pour qu’elles ne perdent pas leur emploi, une fois sortie d’Arabelle. Le relais est représenté par les assistantes sociales. L’équipe éducative peut les accompagner 6 mois de plus, une fois qu’elles sont sorties du foyer. Cela leur permet de stabiliser toutes ces nouveautés et de ne pas replonger.

 

Faire renaître l’entrain et l’énergie pour construire leur avenir, la devise d’Arabelle.

 

Du même auteur :

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La voix de la passion – d’Educateur à Conseiller en insertion / Job Coach

Un job coach a-t-il l’âme d’un éducateur ou un éducateur l’âme d’un job coach ?

 

Sources :

https://pages.rts.ch/emissions/ensemble/10712450-ensemble.html

https://www.rts.ch/play/tv/forum/video/forum-de-idees-le-foyer-arabelle-a-geneve-oeuvre-pour-que-la-violence-domestique-ne-se-transmettent-pas-de-generation-en-generation?urn=urn:rts:video:13642029

Photo credit : ©Rebecca Bowring ; vadimphoto1@gmail.com via despositphoto.com

Isabelle Addor Isabelle Addor

Passionnée de longue date par les relations humaines ainsi que par l’être et son fonctionnement, je suis également soucieuse de son bien-être. Il est naturel pour moi de pouvoir accompagner une personne dans son parcours de vie, le temps voulu, à se préserver sans s’abandonner sur la route caillouteuse de ses ambitions.
J’ai toujours motivé, accompagné, guidé, instruit et cru profondément au potentiel de l’être humain. Je le fais parce que c’est ce que j’aime faire par-dessus tout et avant tout, en restant dans le respect des limites et des besoins de chaque personne.

Je crois que chacun a un potentiel extraordinaire, qu’il est singulier avec une expérience unique et subjective. Je crois aussi que pour atteindre de grandes choses, on a tous besoin à un moment ou un autre, d’avoir une personne à son écoute, sur qui on peut compter. Qu’on le nomme un mentor, un thérapeute, un coach, un protecteur, un formateur ou un éducateur, l’essentiel est que cette personne nous aide à grandir et évoluer.

Après vingt-quatre ans d’expérience auprès de personnes en situation de handicap, en difficultés sociales, les aidant à relever le défi que représente le soutien de l’autodétermination en vue de l’autonomisation et de l’intégration socio-professionnelle; il est tout naturel pour moi aujourd’hui, d’œuvrer en tant que coach dans l’insertion, la réinsertion et réhabilitation professionnelle.

Le monde médiatique et plus particulièrement la rédaction, est une très belle opportunité pour moi, d’explorer les compétences dont j’étais consciente et mettre en avant les compétences transversales que j’ai la chance de mettre en œuvre actuellement.

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