L’impact du Covid sur le secteur du négoce des matières premières : Entretien avec Florence Schurch

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STSA

 

La pandémie de coronavirus marque depuis le début de l’année 2020, l’évolution économique mondiale. Depuis deux ans, notre planète vit avec le Covid-19 et ses différents variants.

Celui-ci continue de menacer la reprise économique mondiale, avec le variant Omicron.

Le scénario du pire est possible avec ce dernier, selon la Banque mondiale, comme on peut lire dans son rapport : Perspectives économiques mondiales

Pour en savoir plus sur l’impact du Covid, nous avons interviewé Florence Schurch, secrétaire générale de la Swiss trading and shipping association (STSA). Mais commençons par présenter brièvement la situation en Suisse.

 

La situation en Suisse 

L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) est optimiste pour la croissance économique de la Suisse, estimant que le pays est parvenu à surmonter la pandémie de coronavirus sans trop de dégâts. Dans sa nouvelle étude sur le pays, l’OCDE a nettement revu à la hausse ses prévisions de croissance pour la Suisse.

 

Et pour Genève 

En ce qui concerne Genève, la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève estime que «  Genève semble avoir relativement bien résisté à la crise, vraisemblablement grâce à un tissu économique diversifié, avec plusieurs secteurs relativement forts (banque et finance, négoce de matières premières, industrie pharmaceutique, notamment). »

 

Présentation du secteur du négoce des matières premières

Le négoce des matières premières continue d’être une des branches économiques importantes pour la Suisse.

Les nouvelles statistiques publiées en mars 2021 par l’Office fédéral de la statistique mettent en évidence que la Suisse compte quelques 900 entreprises actives dans le négoce des matières premières. Ces dernières emploient environ 10’000 personnes sur le territoire national.

Ces entreprises ont d’importants volumes de transactions, dont la plupart sont réalisées à l’étranger. Près des trois quarts des emplois estimés pour les sociétés de négoce sont localisés dans les cantons de Genève (44% du total), Zoug (21,4%) et Tessin (9,5%).

Le secteur des matières premières ne comprend pas seulement des sociétés de négoce, mais aussi des entreprises liées, comme les banques, les compagnies d’assurance, les compagnies de navigation et les groupes d’inspection de marchandises. Ce cluster génère plusieurs milliers d’emplois à Genève.

Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) a fourni une première estimation partielle du nombre d’emplois dédiés spécifiquement au soutien direct du négoce et souligne particulièrement l’importance des activités de financement (plus de 1200 emplois).

On constate que la Suisse est un paradoxe en matière de commerce international.

Elle n’a pas d’accès direct à la mer et ne possède pas de ressources naturelles.

Pourtant, c’est depuis le territoire helvétique que s’échangent :

  • 55 % Café,
  • 35% Cacao,
  • 65% Coton
  • 40% Pétrole
  • 60 % Produits agricoles (grains)
  • 60 % Métaux

Knowledge Center (stsa.swiss)

A Genève, le secteur représente 20% des rentrées fiscales et 7500 emplois à forte valeur ajoutée. Le négoce représente 3,8% du produit intérieur brut suisse.

 

Florence Schurch a commencé sa carrière en travaillant contre le crime organisé. Elle a été la première femme suisse agent spécial de la police fédérale en poste à l’étranger. Six mois après le 11 septembre, elle a été affectée à l’Ambassade de Suisse aux États-Unis, puis en Allemagne pour travailler avec le BKA (police fédérale allemande). En tant que diplomate, Florence a soutenu l’Ambassadeur dans les mesures de sécurité intérieure et ses fonctions diplomatiques. En 2009, le Conseil d’État l’a nommée attachée fédérale pour défendre les intérêts de Genève au niveau national. Un an après sa nomination à la tête de la STSA, Florence a mis en place son équipe, digéré avec succès la campagne contre l’Initiative des entreprises responsables et voit l’année 2021 comme un retour aux fondamentaux – non seulement pour les 200 membres de la STSA, mais aussi pour l’industrie dans son ensemble.

Source : Entretien avec Florence Schurch | Agefi.com

 

Entretien avec Florences Schurch, secrétaire générale de la STSA

Nous avons rencontré Florence Schurch, secrétaire générale de la Swiss trading and shipping association (STSA) qui nous apporte un éclairage sur l’impact du Covid-19 sur les secteurs des matières premières.

Les sociétés de négoce ont besoin de navires pour acheminer leurs matières premières, à travers les océans. Par conséquent, le transport joue un rôle vital dans le négoce de matières premières.

Dans une interview précédente, accordée au journal l’Agefi, Florence Schurch soulignait le rôle essentiel du transport maritime dans notre économie « Sans le transport maritime qui déplace 95% des marchandises dans le monde, l’approvisionnement ne serait pas aussi efficace. Cela est possible grâce aux marins et aux membres d’équipage qui travaillent sans relâche afin de livrer des marchandises et des matières premières dans le monde entier, parfois sans rentrer chez eux pendant des mois. »

Florence Schurch relève que pour le transport maritime, le Covid a eu un très gros impact. Pendant la pandémie, les ports ont fonctionné au ralenti, même si la demande est restée haute. Certains ports ont été fermés. Des équipages ont même été mis en quarantaine.

Le Covid a aussi touché la logistique, en effet, des personnes ont été malades. Dans les ports, les travailleurs pratiquent maintenant la distanciation : Les machines qui soulèvent les containers demandent deux personnes. Dans les grues, ils ne sont plus qu’une personne.

Elle poursuit en soulignant l’importance des négociants. Ils gèrent les risques et les fluctuations de l’offre et de la demande au niveau des chaînes de distribution. Le trader achète et vend. Pendant la pandémie, ils ont continué leur travail. Le café qu’on buvait au restaurant, nous l’avons bu chez nous, pendant le confinement.

La crise inédite que nous vivons est naturellement, et pour chacun, propice à la réflexion : Le Covid a eu comme conséquence sur nous autres consommateurs une prise de conscience sociétale, c’est-à-dire qu’il y a moins de consommation, et c’est plus diversifié. Aujourd’hui, les consommateurs font preuve de sens critique. Ils posent plus de questions qu’auparavant lors de leurs achats. Ils veulent savoir où le produit a été fabriqué, par qui et dans quelles conditions ? Les personnes veulent connaître la chaîne logistique. Lorsque nous souhaitons acheter un t-shirt en coton bio, nous pouvons choisir l’étiquette Better cotton initiative, qui  va être au final plus cher. Il en va de même pour le label Fair trade.

 

L’emploi dans les commodities

Les conséquences économiques et sociales du Covid sont très importantes. Par conséquent, la Confédération a autorisé des aides, et a mis en place plusieurs mesures d’aide.

Le négoce n’a pas fait appel aux aides du gouvernement, ni au chômage partiel. Au contraire, les sociétés de négoce ont engagé.

De manière générale, la pandémie a fait des ravages sur l’emploi, dans le monde. Concernant le secteur du négoce, la pandémie n’a pas touché l’emploi, car c’est une activité qui n’a jamais cessé.

 

Avenir du secteur des matières premières :  Défis à relever

Les effets du changement climatique sur la planète sont, chaque année, plus visibles et importants. Ces problématiques constituent aujourd’hui une préoccupation majeure, qui exige de repenser nos modes de vie et nos manières de consommer.

La transition énergétique a pour objectif de faire évoluer nos modes de vie, afin de diminuer notre consommation finale d’énergie, et par conséquent de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et de mieux lutter contre le changement climatique.

Florence Schurch considère que les traders sont les personnes clefs de la transition énergétique. Ils sont au centre de nouveaux projets comme l’hydrogène, le gaz liquéfié, le gaz vert.

Elle ajoute que la transition énergétique que tout le monde veut, engendre des coûts. En effet, elle observe que le cobalt est devenu très important, car il est nécessaire à la production des batteries des voitures électriques, tirée par la transition écologique. On a pu d’ailleurs voir qu’il a atteint des sommets en 2021.

Elle prévoit également que les matières premières vont devenir plus chères, comme par exemple le gaz.

Le réchauffement de la planète ne cesse de s’accélérer, il faut donc que nous changions  profondément notre façon de vivre. Mais comment savoir par quoi commencer ? Quelles sont les activités qui émettent le plus de gaz à effet de serre et qu’il faudrait réduire, voire stopper ?

L’empreinte carbone est un indicateur qui vise à mesurer l’impact d’une activité sur l’environnement, et plus particulièrement les émissions de gaz à effet de serre liées à cette activité. Florence Schurch explique que les entreprises mettent en place des calculs pour l’empreinte carbone.

Les personnes que l’on va engager ont aussi un coût, cependant elle prévoit qu’il y aura beaucoup plus de travail, lié à la transition énergétique.

La STSA

La Swiss Trading & Shipping Association (STSA) est une association suisse à but non lucratif et apolitique représentant les entreprises actives dans le négoce de matières premières et les activités de transport maritime, le financement du commerce et les services connexes. Depuis sa création en 2014, elle fait office d’organisation faîtière du secteur en Suisse, regroupant les 3 associations régionales (Genève, Zoug, Lugano), 180 membres et institutions, et plus de 100 professionnels participant aux comités et aux groupes de travail d’experts de la STSA.

 

Lectures complémentaires, du même auteur :

Les matières premières, sous un angle différent – 1. Le chocolat

Les matières premières, sous un angle différent – 2. Le tournesol

Photo credit :

Pascaline Stella Pascaline Stella

I worked as an information officer in the field of commodities in a bank. I have 20 years of experience.
What I like most about my job is researching, find the right information and finally that people are satisfied with my work.
I'm passionate in history. I'm interested in social media, and I am familiar in community management

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