Parcours et vision de Thierry Prêtre, spécialiste en organisation d’entreprise

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perso spéc organisationThierry Prêtre est titulaire depuis 2009 du Brevet fédéral de spécialiste en organisation d’entreprise obtenu après une formation à l’Association Suisse d’Organisation et de Management (ASO). Se basant sur la formation qu’il a reçue et sa propre expérience, il explique le rôle de l’organisateur, les raisons pour lesquelles il a choisi d’en être un, ainsi que sa vision de ce métier.

Avant de passer le Brevet fédéral, aviez-vous déjà des compétences de base dans ce domaine-là ou les avez-vous construites pendant votre formation?

J’avais déjà un intérêt marqué pour ces questions, mais je n’arrivais pas à faire ressortir clairement les capacités liées ou à y croire. J’avais des idées et j’avais l’impression de comprendre certaines situations plus facilement que d’autres. Je n’ai vraiment pris conscience de mes capacités qu’au cours de la formation. Elle m’a permis de me remettre en question et de distinguer ce qui était approprié et bénéfique ou non pour l’entreprise dans laquelle je travaillais.

Je suis convaincu que chacun de nous dispose d’une capacité qui peut être utile en entreprise, et la formation peut servir d’élément déclencheur et de reconnaissance de notre plus-value. Aujourd’hui, je peux mieux construire mes idées, mieux comprendre les autres et avancer avec eux.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de passer le Brevet fédéral d’organisateur ?

Je savais qu’il fallait que je complète les connaissances que j’avais de l’entreprise. Je maîtrisais ma spécialité, l’informatique, mais je n’avais pas le bagage nécessaire pour comprendre les problématiques de l’entreprise, ce qui m’intéressait déjà quand j’ai commencé à travailler.

Je me suis mis à la recherche d’une formation qui réponde à mon besoin de complément théorique, mais avec des encadreurs qui soient des praticiens, pas des enseignants d’université. Je n’avais pas envie de faire un Master ou un autre diplôme académique car cette voie n’était déjà pas possible en ce temps-1là à coté du travail, et aucun Master ne contenait toutes les branches du Brevet en une formation.

J’ai été informé par des connaissances de l’existence de l’ASO et j’ai eu de bons retours sur ce brevet, ce qui a décidé de mon choix. je savais que je prendrais des cours dans tous les domaines de l’entreprise et en détail. Qu’en plus de cette base, j’apprendrais une méthode pour structurer des projets d’entreprise, et pour développer mon sens de la communication. C’était exactement ce dont j’avais besoin.

Avez-vous financé vous-même votre formation et pourquoi ?

Mon entreprise d’alors n’a pas supporté cette formation quand j’ai formulé ma demande, ni au niveau financier, ni en me faisant grâce des jours où je devais être absent. J’ai dû prendre sur mes vacances personnelles et prendre un jour de congé non payé pour achever la formation. Cela m’est d’ailleurs laissé un goût un peu amer.

Pour financer ce Brevet, qui était important pour moi et, je le pensais, pour l’entreprise où je travaillais, j’ai trouvé que c’était un bon placement d’investir sur moi-même mon épargne, plutôt que dans un placement bancaire par exemple.

Financer moi-même ces cours et cet examen a été un facteur de motivation supplémentaire. Quand nous investissons autant de temps et d’argent dans une formation, nous y allons pour apprendre sérieusement et pour réussir. A la fin de la formation, j’ai eu d’autres opportunités que j’ai saisies.

organisateurQu’appréciez-vous le plus dans votre poste actuel ?

C’est la confiance qui m’est faite : la confiance en mes compétences de spécialiste, mais également la celle que je peux avoir envers les personnes avec qui je travaille. Celle-ci est réciproque et n’exclut pas le contrôle des projets qui se trouvent sous ma responsabilité, car l’erreur est humaine et n’a rien à voir avec les compétences. Faire des tests permet de réduire au maximum ces erreurs en validant les produits.

J’ajouterais que la transparence qui existe facilite également mon travail. Confiance et transparence sont deux choses importantes pour moi dans une société moderne.

Quelle est votre vision du monde de l’entreprise ?

Par rapport aux trois jauges (économique, social, environnement), chaque entreprise met la barre là où elle l’estime nécessaire. Certaines mettent le curseur sur la partie économique qui reste le nerf de la guerre, mais pas assez sur l’aspect social et durable. D’autres promeuvent la durabilité et l’aspect social et insistent moins sur la partie économique, ce qui peut mettre en péril leur propre existence.

Quel que soit le cas, une entreprise doit penser à sa propre durabilité, mais avoir une part de social marquée, le social étant entendu comme la prise en compte de l’être humain et des groupes auquel il appartient. Il faut donc en prendre soin afin d’avoir les meilleurs éléments dans son entreprise. Ne pas en tenir compte a un impact sur le bien-être des employés et donc sur la performance globale de l’entreprise. Chaque personne en entreprise est une pièce de puzzle qui n’est pas carrée, qui n’est pas complètement formatée par rapport au poste qui lui est attribué. L’efficience c’est quand ces pièces arrivent à s’emboîter harmonieusement pour construire le puzzle.

Ensuite, nous avons tout l’aspect que nous appellerions “durable”, ou environnemental, ce  qui signifie quand même avoir conscience de l’impact de chacune de nos actions sur le monde extérieur. L’entreprise doit rechercher cet équilibre en permanence, même s’il est très difficile à atteindre.

Quelles aptitudes trouvez-vous utile de développer dans le cadre professionnel ?

Je pense qu’un des aptitudes qu’il faut développer est de supporter la critique, mais aussi de s’autocritiquer. Il faut savoir s’améliorer, être à l’écoute, et être très patient. Le respect des autres est également très important, car nous vivons dans une société qui va de plus en plus vite et nous tendons à ne pas prendre en considération les autres.

Ces qualités nous permettent d’être plus à l’écoute de nous-mêmes, mais aussi de mieux nous intégrer en entreprise. D’ailleurs, la patience, le respect des autres et l’acceptation de la critique ne sont pas seulement utiles dans le monde de l’entreprise, mais dans notre vie en général.

Ce schéma n’est pas figé car l’organisateur est flexible. Il est possible qu’il se retrouve à d’autres niveaux de l’organisation, au sein d’un service ou sous d’autres titres de poste comme « chef de projet ». De ce fait, il peut y avoir un chef de projet informatique qui devient pour une durée déterminée un organisateur chargé de résoudre un problème d’entreprise ou encore un chef de projet marketing qui résoudra un problème uniquement lié au marketing.

Reconversion ProfessionnelleUn rôle parfois mal compris

Suivant que nous nous trouvons dans la partie alémanique ou romande de la Suisse, les perceptions diffèrent. En Suisse allemande, le métier d’organisateur est connu et reconnu, la formation est beaucoup plus courue et le poste est plus présent en entreprise. Par contre, en Suisse romande l’organisateur reste souvent un mystère pour ses collègues. Le problème du métier est que le poste est assimilé à un côté évènementiel. Il est arrivé que des collègues s’imaginent que c’est un poste de « event manager » et l’organisateur est parfois considéré comme un organisateur « d’apéros ».

Le spécialiste en organisation d’entreprise n’est ni un “boosteur” d’entreprise, ni un liquidateur.

Un autre problème est que l’organisateur peut être mal perçu par les employés suivant l’entreprise et le moment où il est engagé. Dans la perception générale, engager un organisateur implique une réorganisation de l’entreprise, sachant que celle-ci est souvent comprise comme synonyme de suppression de postes.

Parce qu’il va s’occuper, comme le « boosteur », de la structure de l’entreprise et potentiellement de réorganiser les processus, le rôle d’optimisateur des effectifs qui est souvent attribué, à tort ou à raison, au “boosteur” lui est aussi attribué et le dessert. Il va se trouver confronté à des employés qui sont contre son projet, parce qu’ils pensent qu’ils vont perdre leur poste. A ce niveau-là, les outils de communication reçus en formation sont très importants pour permettre de transmettre le message adéquat.

Pour un bon organisateur, permettre à ses collègues de s’exprimer librement, ne pas leur mettre de limites, réussir à faire éclore le potentiel qu’il y a en eux, est plus important que la structure elle-même. Cette approche fait la différence dans une entreprise, par rapport à une autre qui va privilégier uniquement la rigueur au niveau des processus.

Photo credit: SalFalko via photopin ccSalFalko via photopin cc, Marco Bellucci via photopin cc

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