Apnavi Makanji : l’invisible à vue d’oeil

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Par le biais du dessin, de l’installation et de la vidéo, Apnavi Makanji explore une série de questions portant sur l’écologie et l’anthropocène. Aux problématiques liées à la justice environnementale, la biopolitique et la géopolitique, iel* expose sa recherche sur la mémoire et le “chez soi”. L’artiste livre un regard critique sur notre interaction avec la nature dans les espaces urbains.

Sa pratique

L’univers de l’artiste genevoise, Apnavi Makanji, est une immersion poétique dans une matrice révélant l’infinitésimal, avec un langage à la fois fantastique, délicat et poignant. Ses oeuvres, comme un hommage à la nature, traduisent sa fascination pour les microsystèmes.

 

Titre: Hiraeth V | Matériaux: divers sur papier Arches | 2014

 

Dans les phénomènes naturels qui nous dérangent parfois et auxquels nous ne prêtons aucune attention particulière, l’artiste y voit une beauté inexplorée ; la mousse, les feuilles, les insectes, tout ce qui vit dans la terre.

Notre tendance humaine à marginaliser, m’interpelle. Je cherche à juxtaposer cette notion avec celle de l’altérité culturelle qui existe dans nos relations avec l’autre; entre les espèces et les personnes.

 

Titre: Circadian Rhythms IV | Matériaux: pierre, cuivre | 2019

 

Anthropomorphisme inversé

À contre-courant d’un exercice qui nous pousserait à lever les yeux, Apnavi Makanji plonge tête baissée pour révéler l’invisible. L’artiste ne croit plus en l’aspect purement sauvage de la nature ; l’impact de l’humain étant perceptible partout. Sa source d’inspiration est à portée de main, explorant ainsi des constructions humaines que nous utilisons régulièrement à des fins récréatives, comme les parcs. Sa démarche consiste à “partir à la découverte d’écosystèmes qui y existent et auxquels nous sommes totalement indifférents”, créant ainsi de nouveaux écosystèmes.

Dans la série Drawing breath, Apnavi Makanji cherche à voir jusqu’où iel peut pousser la narrative de ce qu’iel désigne comme étant de l’anthropomorphisme inversé. “Nous avons cessé de voir les choses pour ce qu’elles sont vraiment. Nous trouvons cela attachant de donner un nom, des qualités humaines et mignonnes à des animaux par exemple. Notre propension à comparer d’autres espèces par rapport à notre propre image me dérange.”

 

Titre: Drawing Breath XXXIX | Matériaux: divers, papier Arches | 2013

 

Apnavi Makanji a été particulièrement marqué.e par l’essai  La Nature, de Ralph Waldo. “Il explique comment la nature n’existe pas d’elle-même – nous en faisons partie, nous ne sommes qu’une autre espèce. Nous ne pouvons donc pas nous en distancier.” Iel a commencé à travailler avec l’os, cette partie du corps qui est la plus résiliente physiquement :

Je voulais la métamorphoser en végétation ou dans une toute autre espèce, pour que le spectateur ne puisse plus reconnaître ce qui ce passe. Voilà mon expérience avec ce que j’appelle de l’anthropomorphisme inversé.

La terre

Né.e à Bombay, Apnavi Makanji garde en mémoire l’arôme singulier qui se dégage de la terre sèche et rougeâtre après le passage de la première mousson indienne. Attiré.e par le pouvoir du sens olfactif permettant une immersion instantanée dans un souvenir, l’artiste a voulu recréer “cette réaction viscérale qui nous relie.” Dans un élan utopique, lors de son exposition  Soil as witness | Memory as a wound (Le sol comme témoin | la Mémoire comme blessure), à la galerie Tarq, à Bombay, en 2019, iel a cherché à connecter les personnes à leurs environnements par une expérience à la fois visuelle et olfactive. A côté de chaque tableau, l’artiste à place des récipients contenant la terre puisée dans des lieux spécifiques ayant marqué son enfance à Genève et à Bombay, qu’iel a également utilisée comme matière première dans ses tableaux.

 

Titre: 46.3037900, 6.2412365 | Matériaux: terre prise aux coordonnées spécifiques, aquarelle, papier d’archives | 2019

 

L’eau

Aujourd’hui, Apnavi Makanji continue à travailler  la question de l’intervention de l’humain, en explorant le Jardin Botanique de Genève.  “C’est un jardin scientifique avec une nomenclature et des espèces très définies, où le visiteur ne peut rien toucher. Ce qui s’y passe me fascine, pouvoir étudier ce qui n’est pas observable, tout ce qui n’est pas perceptible à première vue.” Iel contemple, filme et documente la violence qui a lieu dans un infime microcosme naturel.

” L’eau est un réceptacle pour la mémoire.  Ce thème a été largement développé, notamment dans le cinéma. Dans Le Miroir, d’André Tarkovsky, le cinéaste utilise l’eau comme réservoir de la mémoire. L’eau est essentielle à la vie. Pour moi, il y a quelque chose de sacré dans l’eau. Je suis en admiration béate devant des corps d’eau, comment ils évoluent, ce qui y pousse et l’absence de forme physique de l’eau.”

 

Titre: Δάφνη (Daphné) | vidéo | durée: 36:49 | 2019

 

La biopolitique

Apnavi Makanji a commencé à travailler avec des cartes en 2014. *Les collages sont des motifs de terre, d’extractions, d’insectes et de végétation. Il n’y figure aucun facteur humain.”

 

Titre: Hiraeth XII | Matériaux: collage sur carte mi-siècle | 2015

 

En février 2019, iel a travaillé  sur une série de cartes pour le Sommet de Dhaka Art – Mouvements Sismiques, participant à la catégorie Mouvements Coloniaux, dont le thème principal était : la taille créé les mouvements.

Travaillant avec un exemplaire du “Larousse Atlas Politique et Économique (1950)” l’artiste dénonce une utopie post-guerre. “Cet atlas représentait le progrès de l’homme en soulignant les lignes de communication, des voies aériennes, des listes d’extraits de minéraux et de pétrole. Pour moi il représente comment toute la richesse est distribuée que dans certains pays – et l’exploitation qui s’en suit.”

 

Titre: Appropriation Disinformation – Nature and the Body Politic | Matériaux: Collage, Larousse Atlas Politique et Économique (1950) | 2019

 

Prochaine exposition

Une exposition solo est prévue, à Bombay, à la galerie Tarq, en Octobre 2021. Apnavi Makanji y présentera ses dernières oeuvres autour de la question de l’urgence climatique, la menace faite par l’impact constant de l’humain sur la nature. “Ce n’est pas qu’une question de notre survie, mais également une question éthique.”

Pour l’artiste, ce comportement humain face à l’environnement et aux autres espèces, ne fait que perpétuer l’altérité que l’homme crée autour de lui. Apnavi Makanji cherche à attirer l’attention sur la dichotomie entre le fait que lorsque l’homme se définit en tant qu’espèce, nous soyons si insignifiants, alors que notre impact sur la planète est aussi grand et lourd en conséquences.

L’artiste reçoit dans son atelier au Vélodrome, à Genève, sous rendez-vous.

Contact : @apnaviapnavimakanjistudio ou mailto:apnavimakanjistudio@gmail.com

*L’artiste privilégie l’utilisation du langage non binaire

 

 

Sources: ApnaviMakanjiStudio, Tarq, Dhaka Art Summit

Lectures complémentaires :

Tu fais quoi pendant le confinement? by 

La communication, une «voix» créative et diversifiée by

Images: ©Xavier Ripolles Arasa (aussi sur tumblr) & ©Roxane Schneider

 

Fernanda Guerrero Fernanda Guerrero

Je vous aide dans votre communication avec différents publics, en sélectionnant le discours parlé et/ou écrit qui soit en accord avec chaque support.

Comment ? Grâce à mon réseau dans le secteur privé, la scène culturelle genevoise et politique qui me permettent d’interagir aisément avec des personnes issues de cultures et de milieux socio-économiques différents, tant en anglais, français, espagnol que portugais.

Je traduis les idées en mots ou en images ET je vous aide à maintenir les bonnes relations que vous avez déjà établies, tout en vous accompagnant à en construire de nouvelles.

Mettre les gens en relation et créer des synergies; là est une de mes passions. L’autre, est d’être un pont entre les communautés locales et internationales de Genève.
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