Cycle de vie dans l’employé : la mise en indépendance

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mise-en-independanceIl fut un temps où les gens étaient embauchés dès leur sortie de l’école et faisaient carrière dans la même entreprise jusqu’à leur retraite. Cette époque est depuis fort longtemps révolue. Aujourd’hui, selon des statistiques nord-américaines sur le travail, un travailleur aura en moyenne 3,5 carrières, changera 10 fois d’employeurs et conservera un même poste pendant 3,5 ans au cours de sa vie professionnelle. 1

Fidélité en entreprise ?

Dans la conjoncture actuelle, la durée de vie moyenne d’un employé occupant le même poste au sein de la même entreprise est extrêmement courte comme nous venons de le voir. De même, celui-ci changera très souvent d’employeurs, voire même de carrière. Et ce n’est pas seulement dû à ses propres choix. En effet, après de nombreux audits, le management des entreprises a souvent tendance à mettre en place des plans de restructurations qui aboutissent souvent à des licenciements et ce, indépendamment de la fidélité de leurs employés.

Pour des raisons évidentes de compression des coûts et d’économie, presque chaque employé dans la tranche d’âge « 45/55 », bien que possédant une longue expérience professionnelle, connaîtra le spectre du licenciement au cours de sa carrière. Il sera remplacé, la plupart du temps, par un employé plus jeune et moins expérimenté.

A l’instar des travailleurs seniors, chacun de nous devrait donc être prêt à se confronter à toutes sortes de scénarios probables au cours de sa carrière. L’un d’eux pourrait être la mise en indépendance, qu’elle soit volontaire ou forcée.

Ciel, ils ont osé me licencier!

Voici l’histoire d’Alain Proviste, un employé modèle qui s’imaginait terminer sa carrière au sein de la même entreprise, après avoir obtenu une promotion récompensant ses 25 années de loyauté et de fidélité. Malgré tout, son employeur n’a pas hésité à le licencier. Il lui reste encore de belles années de travail devant lui et comme il ne s’imagine pas du tout au chômage, il doit faire des choix quant à la suite de sa carrière et vite rebondir.

Comme le dit le docteur Daniel Dufour « Etre confronté à des situations difficiles, à des problèmes, fait partie de la vie, et aucun d’entre nous n’en est exempt. Certains décident d’affronter ces épreuves, d’autres se réfugient derrière la croyance qu’ils en sont incapables… L’être humain possède des ressources en lui qu’il doit exploiter : le savoir inné et la capacité à transcender les difficultés… Alors il n’y a aucune fatalité à devoir souffrir tout au long de sa vie ».2

Notre licencié va alors envisager la mise en indépendance, par opportunisme ou par contrainte.

Premier cas de figure :

Alain Proviste en profite pour réaliser son rêve : devenir indépendant et être son propre patron en créant son business.

En faisant le choix de l’entreprenariat, il va saisir l’opportunité de réaliser enfin son rêve et prouver sa capacité à rebondir. Bien que salarié au sein de son entreprise, il a toujours eu l’âme d’un entrepreneur. Il a toujours été un meneur, féru d’idées novatrices pour améliorer le quotidien de ses collègues et un partenaire privilégié pour sa hiérarchie, n’hésitant pas à devenir représentant du personnel au sein du conseil d’administration de son entreprise.

C’est pourquoi, bien que très surprenant, ce licenciement a agi sur lui comme un révélateur et comme une opportunité à ne pas rater. Son futur projet, Alain Proviste l’avait déjà pensé et conçu depuis plusieurs années. Nul besoin de suivre des séances d’informations sur le thème « comment devenir indépendant », son business plan est quasiment prêt et toutes les études de marché ont été faites. La forme juridique de son entreprise a été choisie depuis longtemps, son financement est assuré et la législation suisse sur les assurances sociales n’a plus aucun secret pour lui.

Le développement du réseau et de la visibilité, tant nécessaire à la réussite d’une activité indépendante dans le monde des entreprises n’est pas un frein pour notre futur entrepreneur. Son site internet est déjà opérationnel quelques jours après son licenciement, son profil professionnel sur les réseaux sociaux est actif et il a pris soin d’aviser tous ces contacts de son nouveau projet.

Quelques semaines après son licenciement, son activité est déjà sur les rails et promise à un bel avenir. Cet Alain Proviste-là est maintenant un homme comblé et fier du chemin accompli, ne regrettant pas son choix, parce que sa mise en indépendance a été un acte réfléchi et bien préparé.

2ème cas de figure

Alain Proviste se voit contraint et forcé de choisir la voie de l’entrepreunariat suite à son licenciement sans aucune préparation initiale

Voilà Alain face à une triste réalité: “Monsieur Proviste, malgré votre implication dans la société depuis plus de 25 ans, nous sommes au regret de vous notifier votre licenciement”.

Quel choc, Alain ne l’avait vraiment pas pressenti, bien que Radio Couloir parlait de restructuration, il ne se sentait absolument pas en danger…

Il rentre alors dans les cinq étapes du deuil :

Le choc d’abord, phase assez courte mais nécessaire, qui va le conduire au constat de son congé. Il n’aura cependant aucune émotion, il sera simplement sidéré! Puis, il sera confronté à la seconde étape, le déni corrélé de près à la troisième, la colère. Fidèle employé, disponible et dévoué! Incrédule, ce n’est pas lui qu’on voulait licencier. Il y a une erreur, c’est sûr! Et puis, ces petits jeunes qui viennent sur le marché du travail avec des salaires indécents tant ils sont bas, sont évidemment responsables… Mais malheureusement, ce n’est pas une erreur.

Vient alors la quatrième étape qui est celle de la tristesse. La question qu’Alain se posera est « qu’est-ce que je vais devenir ? », qui appelle un autre questionnement, à savoir : « Qu’est-ce que je veux ? ».

A ce moment, Alain Proviste entre dans la dernière phase qui est l’acceptation. Il pourra alors mettre son plan d’action en place afin de devenir son propre patron. Se renseigner sur les démarches à suivre qui seront bien entendu identiques à celles du premier cas de figure, le stress et l’angoisse en plus.

Se mettre en indépendance n’est pas chose aisée lorsque nous sommes de caractère plus « suiveur » que « leader » et lorsque nous aimons profiter de notre temps libre sans penser aux dernières écritures comptable ou à un potentiel client à démarcher.

Mais comme nous l’avons vu, il n’a pas vraiment le choix, et ce, à cause ou peut-être grâce à la conjoncture actuelle. Il est contraint et forcé d’ouvrir son commerce, de trouver à la hâte une idée brillante, un business plan qui tient la route, des fonds suffisants afin de se lancer et enfin faire en sorte que sa future entreprise ne mette pas la clef sous la porte au courant des cinq premières années comme c’est trop souvent le cas.

Quelques semaines après son licenciement, son activité est déjà sur les rails et promise à un bel avenir. Cet Alain Proviste-là est maintenant un homme comblé et fier du chemin accompli, ne regrettant pas son choix, quand bien même sa mise en indépendance a été une décision prise sur le vif.

Pour conclure…

Chaque année près de 3’000 nouvelles entreprises sont inscrites au Registre du commerce de Genève, mais près de la moitié de celles-ci (48% exactement) sont liquidées durant les cinq premières années.3 Il est donc nécessaire de ne négliger aucun aspect juridique lors la création de sont entreprise et dans la réalisation du business plan.

Tout cette préparation initiale semblera fastidieuse, mais elle sera primordiale pour la réussite du projet et pour ne pas commettre de négligences fatales. Ce temps de réflexion devra être mis à contribution pour étudier le marché, la concurrence et la future clientèle. L’analyse de la faisabilité et de la viabilité de son projet, l’établissement d’un plan financier et d’une planification des étapes principales seront nécessaires pour réussir dans son entreprise.

Deux derniers conseils avant une mise en indépendance réussie :

  • Certains secteurs d’activités sont réglementés et reposent sur la réputation (casier judiciaire vierge, aucune poursuite ou acte de défaut de bien) ou sur un numerus clausus. De même, l’exercice de certaines professions nécessitent d’être au bénéfice d’une formation spécifique (médecin, avocat, détenteur d’une patente commerciale). Mieux vaut se renseigner avant de se lancer, afin d’éviter des déconvenues.
  • Ne négligez pas la clause de non-concurrence que chacun de nous est tenu de respecter en tant qu’employé en entreprise, car des démarches administratives trop hâtives (inscription de la raison sociale au Registre du commerce, ouverture de comptes bancaires ou démarchage commercial auprès de la clientèle de son employeur) alors que vous êtes encore salarié pourraient vous valoir de vous retrouver devant les tribunaux, pour répondre de concurrence déloyale ou de violation du secret des affaires.

On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu’on prend pour l’éviter  4

Texte : Taline Abdel Nour et Rémy Thomazic

Sources :

1http://www.homewoodhumansolutions.com/msa/stcontent/vitality/VT_VCRFR_029_Summer_09.pdf

2 “Rebondir, une approche créative pour surmonter les obstacles”, Daniel Dufour, 2010, Les éditions de l’Homme

Office cantonal de la statistique

Citation de Jean de la Fontaine, poète français du 17ème siècle

photo credit: hang_in_there via photopin cc

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