Le Shiatsu : travail corporel et médecine énergétique

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Vous pouvez aussi lire cet article en anglais

 

ShiatsuLe pouvoir de guérison du toucher par le Shiatsu : travail corporel et médecine énergétique

Dans mon premier article, j’ai présenté le Shiatsu et expliqué pourquoi celui-ci peut contribuer à assurer une santé holistique au XXIe siècle. Cet article définit le Shiatsu à la fois comme un travail corporel et une médecine énergétique dans la perspective des récentes découvertes scientifiques sur le tissu conjonctif ou le fascia et le système fascial.

Le travail corporel est “un terme utilisé pour décrire un grand nombre de techniques de massage et de manipulation du corps visant à soulager la douleur et à induire la relaxation, tandis que la “médecine énergétique” vise « l’étude des différentes énergies corporelles et leurs interactions avec notre environnement, ce système de soin non conventionnel vise à maintenir et restaurer notre santé. »

En décortiquant ces deux facettes fondamentales du Shiatsu, je souligne son approche holistique du corps et sa polyvalence en tant que thérapie. Le troisième et dernier article sera ensuite la base de ma proposition d’inclure le Shiatsu dans les programmes psychosociaux visant à traiter les traumatismes vécus par les enfants et les adultes qui vivent dans des conditions épouvantables dues aux conflits, à la violence et à la pauvreté.

 

Le Shiatsu en tant que travail corporel

Pendant environ cinq cents ans, le corps humain a été étudié de manière mécaniste et réductionniste. Le corps était défini comme une collection de parties – des parties distinctes les unes des autres en dehors de leurs relations fonctionnelles. Si nous ouvrons un livre sur l’anatomie humaine, nous trouverons des chapitres spécifiques et bien définis sur les muscles et les os, les systèmes nerveux et circulatoire, etc. Ce que nous ne trouverons pas, c’est un chapitre qui parle de l’ensemble, car cet “ensemble” n’est pas visible à la dissection ou son importance est grossièrement sous-estimée. (See Thomas Myers on the fascia as a system)

Il s’avère que le “tout” n’est pas seulement responsable de la structure et de la forme de notre corps, mais joue également un rôle fondamental dans un système de communication à l’échelle du corps pour assurer l’intégration, l’organisation, la coordination et la guérison des blessures. (Oschman 2003, pp 57-77)

shiatsuL’idée qu’il existe un méta-système qui affecte tous les autres systèmes de notre corps est relativement récente. Cette idée postule que ce ” méta-système ” est composé du tissu conjonctif ou du fascia qui est ” un grand tissu biologique qui entoure, s’entrelace entre et interpénètre tous les organes, muscles, os et fibres nerveuses, et enveloppe et lie chaque cellule du corps. ” (Myers 2014, p. 251)

“Ce corps fibreux est constitué de l’ensemble du filet collagénique, qui comprend tous les tissus investissant et attachant les organes ainsi que le collagène des os, des cartilages, des tendons, des ligaments et de la peau…” (Myers 2014, p.251) Compte tenu de cette nature omniprésente du système fascial, on dit que le fascia est impliqué “dans chaque type de dysfonctionnement, de maladie et de pathologie humaine.” (Oschman citing Paoletti (2006) and Pschinger 2007, p.2). C’est le fascia qui façonne notre corps, lui donnant sa “structure fonctionnelle… fournissant un environnement qui permet à toutes les fonctions corporelles de fonctionner de manière intégrée.” (Myers, 2014, p.251)

 

Fascia et shiatsu

Une couche de fascia s’étend juste sous la peau, et c’est ce tissu conjonctif qui fait l’objet de la thérapie shiatsu, et plus particulièrement la substance qui le compose, le collagène. Lorsqu’une pression est exercée sur le tissu conjonctif, comme dans le Shiatsu, le collagène du tissu se liquéfie.  Cet effet de liquéfaction transforme le tissu, tant dans sa “teneur en eau que dans sa capacité à conduire l’énergie et le mouvement.” (Oschman 2000, p. 170). Ainsi, un tissu corporel qui est devenu rigide, congestionné ou comprimé en raison du stress, d’un mode de vie sédentaire ou de toute autre raison, peut être hydraté et retrouver sa souplesse grâce à la pression.  Un autre effet de la pression est la production de piézoélectricité, dérivée du mot grec piezo, qui signifie pression. La pression et le mouvement, comme dans un massage Shiatsu, produisent des micro-courants ou des signaux bioélectriques appelés piézoélectricité qui se propagent dans les tissus et dans les cellules. Ces signaux sont le moyen pour les tissus conjonctifs de se coordonner et de communiquer, de sorte que “chaque cellule sait ce que font toutes les autres cellules” (Oschman 2003, p. 45), ce qui leur permet “d’ajuster leurs activités liées à l’entretien et à l’alimentation.” (Oschman 2003, p. 79) Lorsque cela se produit, le fonctionnement des cellules et des autres systèmes du corps est plus harmonieux et plus sain.

Le Shiatsu apporte un autre avantage aux tissus conjonctifs par sa technique d’étirement. Le fascia étant un tissu continu qui s’étend sur toute la longueur du corps, l’étirement d’une partie du corps affecte des zones situées bien au-delà de la partie d’où provient l’étirement, ce qui allonge, hydrate et assouplit les tissus. (See Thomas Myers on “Tensegrity”) L’étirement, la pression et le mouvement organisent le fascia pour qu’il remplisse efficacement sa fonction de système d’information entre les cellules. Il y a une cohérence et un sentiment de plénitude apportés par les impulsions de courants électriques qui courent le long des lignes des tissus conjonctifs.

 

Le shiatsu comme médecine énergétique

Chaque personne possède un champ électromagnétique, produit par la piézoélectricité des tissus conjonctifs, du cœur lorsqu’il pompe du sang frais dans le système circulatoire, de la rétine des yeux lorsque la lumière tombe dessus, des muscles et du cerveau, qui est ” un millième aussi fort que celui du cœur. ” (Oschman 2002, cité dans Beresford-Cooke 2016, p. 18) Les rythmes du champ électromagnétique d’une personne peuvent être influencés par celui d’une autre personne lorsqu’elles sont en contact physique mais aussi lorsqu’elles ne se touchent pas (comme dans le Reiki). (Beresford-Cooke 2016, p. 24) Dans le contexte du Shiatsu, la ” rencontre de guérison ” est provoquée par la résonance entre le champ du donneur et le champ du receveur par laquelle le donneur de Shiatsu procure la capacité d’auto-guérison du receveur pour amplifier les effets de la thérapie.  (Beresford-Cooke 2016, p. 24). Comment cela se produit-il ?

 

La capacité d’autogérions du corps

Comme mentionné précédemment, le Shiatsu travaille sur les méridiens du corps afin de provoquer la capacité d’auto-guérison du corps, de libérer là où il y a des blocages d’énergie ou de tonifier là où elle est déficiente. Les méridiens d’acupuncture (et de shiatsu) sont des canaux “représentant les super-autoroutes du système énergétique du corps, transportant beaucoup de trafic et provoquant d’énormes embouteillages lorsqu’ils sont bloqués.” (R. Margoulis, 2000 cité dans Oschman 2003, p.78)

Il a été démontré que les méridiens (au nombre de douze, chacun représentant un organe du corps) “possèdent une résistance électrique inférieure à celle des tissus environnants, ce qui rend le flux bioélectrique plus rapide qu’ailleurs.” (Beresford-Cooke, 2016, p.21) Cela signifie que les effets thérapeutiques de la pression pourraient être ressentis et communiqués plus rapidement par ces canaux. Par exemple, des recherches menées par le Dr Joie Jones ont découvert que “la stimulation de points d’acupuncture (les mêmes que les points Shiatsu) pour des problèmes liés à la vision sur la face latérale du pied active rapidement les circuits neuronaux du lobe occipital du cerveau.” (Oschman 2003, p.79)

Le shiatsu utilise également une technique à deux mains, où une main, la main qui soutient, reste sur une partie d’un méridien tandis que l’autre, la main active, travaille le long de la ligne du méridien. Cette technique permet de sentir et de travailler directement avec le flux le long d’un méridien. (Beresford-Cooke 2016, p.23) Les praticiens du shiatsu qui ont de longues années d’expérience peuvent ressentir “les champs magnétiques porteurs d’informations qui imprègnent les tissus partout dans le corps.” (Beresford-Cooke 2016, p. 24). Il a également été démontré et prouvé que les praticiens formés “peuvent émettre un champ magnétique puissant à partir de leurs mains lorsqu’ils sont en “mode guérison”.” (Beresford-Cooke 2016, p. 24)

 

La polyvalence du shiatsu

Dans les paragraphes précédents, j’ai essayé d’élucider deux facettes fondamentales du Shiatsu à la fois comme travail corporel et comme médecine énergétique. Il en ressort que les découvertes relativement récentes sur le système fascial rejoignent la sagesse séculaire de la médecine traditionnelle chinoise, sur laquelle le Shiatsu trouve ses racines. Mais le Shiatsu va plus loin. J’ai demandé à Christophe Demaison, directeur de l’École internationale de shiatsu de Genève, ce qu’il mettrait en avant lorsque nous parlons de la polyvalence du shiatsu. Il m’a répondu : “Au cours de son évolution, le Shiatsu a intégré à ses bases orientales traditionnelles des éléments de pratiques thérapeutiques occidentales, de la chiropractie à l’ostéopathie, en passant par la physiothérapie et la psychologie. Cela confère à cette discipline une grande polyvalence que nous mettons au service de nos patients et des étudiants formés à l’École internationale de Shiatsu.”

Dans le dernier article, j’exposerai la relation entre le traumatisme et le tissu conjonctif et plaiderai en faveur de l’intégration du Shiatsu dans le travail psychosocial. J’explorerai également la polyvalence du Shiatsu en tant que thérapie holistique et la manière dont il peut potentiellement être accepté par toutes les cultures et surmonter les défis liés aux idées traditionnelles sur le corps et le sens du toucher.

 

Dans la même série : Le pouvoir de guérison du toucher : Un argument en faveur du shiatsu

Sources :

  1. Oschman, James L., Fascia as a Body-Wide Communication System, posted on researchgate.net, 14 July 2016
  2. Oschman, James L., Energy Medicine in Therapeutics and Human Performance, Elsevier Science, USA, 2003
  3. Myers, Thomas W., Anatomy Trains, Myofascial Meridians for Manual Therapists and Movement Professionals, Elsevier Science, USA, 2014
  4. Beresford-Cooke, Carola, Shiatsu Theory and Practice, Singing Dragon, UK, 2016
  5. Masunaga, Shizuto, Zen Shiatsu, Comment équilibrer le Yin et le Yang pour une meilleure santé, (Traduction française par Guy Trédaniel) Japan Publications Trading Company, 1977

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Clarissa Sycip balan Clarissa Sycip balan

I start from the principle that what affects our mind also affects our body and vice versa, which is why I am an advocate for holistic health. I am particularly interested in helping to supplement ongoing psychosocial work among children (and adults) who are forced to live in contexts characterized by violence, conflict, and poverty. My belief is that some form of bodywork is an essential supplement to promote healing from trauma. To me, this bodywork is Shiatsu, a form of therapeutic touch aimed at restoring balance and health of mind, body, and spirit.

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