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Pour celles et ceux qui vivent ou travaillent à Genève, le lac Léman fait partie du paysage quotidien. On se retrouve sur les quais pour des rendez-vous professionnels, on admire ses couchers de soleil et on y voit un symbole de la tranquillité suisse. Pourtant, sous cette surface paisible se cachent des phénomènes scientifiques étonnants, des curiosités historiques et quelques mystères.
En tant que guide et ambassadrice du savoir-vivre, je vous invite à regarder sous la surface pour découvrir les secrets du lac. J’aime être surprise et, je l’avoue, j’aime aussi surprendre les autres. Voici donc 10 faits qui vous feront voir ce lac familier autrement.
Le paysage que nous admirons chaque jour depuis les bords du lac Léman porte la trace de l’ère glaciaire. Il y a environ 15 000 ans, la région lémanique était entièrement recouvert par le glacier du Rhône. À l’endroit où s’élève aujourd’hui le Jet d’eau, la glace atteignait 700 mètres d’épaisseur. En fondant et en reculant, le glacier a laissé derrière lui un profond bassin d’origine tectonique. Celui-ci s’est rempli d’eau de fonte pour former le Léman.
La Suisse évoque la sécurité et le Léman la tranquillité. Il est donc difficile d’imaginer que ce lac puisse être frappé par des tsunamis dévastateurs.
En 563, un immense éboulement dans la plaine du Rhône en Valais a déclenché une vague géante qui s’est propagée sur tout le lac Léman jusqu’à Genève. Pendant des siècles, les récits historiques ont été jugés exagérés. Au XXIe siècle, des géologues des universités de Genève et de Lausanne ont sondé le fond du lac. Ils y ont découvert une épaisse couche de sédiments anciens, confirmant qu’une vague atteignant jusqu’à 13 mètres de haut avait traversé le bassin, ravagé Genève et détruit des ponts et des remparts. Aussi difficile à imaginer soit-il aujourd’hui, ce tsunami a bien eu lieu.
Avec le CERN, Genève est étroitement associée à la recherche de pointe. Mais cette tradition remonte à bien avant la recherche nucléaire. En 1827, le physicien Jean-Daniel Colladon et le mathématicien Charles-François Sturm ont choisi le Léman pour effectuer la première mesure précise de la vitesse du son dans l’eau.
Sur un bateau, de la poudre à canon enflammée produisait un éclair lumineux, tandis qu’une cloche immergée émettait un son capté depuis un second bateau, à 13 kilomètres de distance. Cette expérience a montré que le son se propage plus de quatre fois plus vite dans l’eau que dans l’air. Elle a posé les bases de l’hydroacoustique moderne.
Nous l’avons appris à l’école : la Suisse n’a pas d’accès à la mer et les montagnes couvrent plus de 60 % de son territoire. Mais comment mesure-t-on l’altitude des sommets alpins « au-dessus du niveau de la mer » dans un pays sans littoral ?
La réponse se trouve dans la rade de Genève. Deux blocs de granit, laissés par le recul d’un glacier, y émergent de l’eau : les pierres du Niton. Au XIXe siècle, le général et topographe suisse Guillaume-Henri Dufour a utilisé le plus grand de ces blocs comme repère. En reliant son altitude au niveau de la mer mesuré à Marseille, il en a fait la référence principale de la première carte officielle du pays.
Aujourd’hui encore, toutes les altitudes en Suisse, du sommet du Cervin aux voies ferrées, sont calculées par rapport à cette pierre du Léman. Lorsque je raconte cette histoire pendant mes visites, mes clients me disent qu’ils ne regardent plus ces blocs gris de la même façon. Ils y voient désormais un symbole de la précision suisse.
Des scientifiques de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ont découvert un phénomène étonnant : une immense vague interne se déplace dans les profondeurs du Léman. Alors que la surface peut être parfaitement calme et les voiliers immobiles, d’énormes masses d’eau sont en mouvement sous leurs coques.
Produite par les différences de température et de densité de l’eau, cette vague invisible longe l’ensemble des rives. Elle entraîne des courants profonds, transporte les sédiments du Rhône et répartit les nutriments. Elle joue ainsi un rôle essentiel dans le fonctionnement de l’écosystème du lac.
Le Léman compte parmi les lacs profonds les plus étudiés au monde. Quatre sous-marins l’ont exploré.
Le premier fut le mésoscaphe Auguste Piccard, en 1964. Premier sous-marin à passagers au monde, il était aussi le plus grand submersible civil de son époque. Conçu par l’océanographe suisse Jacques Piccard pour l’Exposition nationale suisse de 1964 à Lausanne, il est resté en service jusqu’en 1965. Il a effectué environ 1 100 plongées, à quelque 150 mètres de profondeur et transporté plus de 33 000 passagers, permettant au public de découvrir le monde sous-marin du Léman. Entièrement restauré, il est aujourd’hui exposé en permanence au Musée suisse des transports, à Lucerne.
Jacques Piccard a construit le deuxième sous-marin dans son propre chantier naval à Genève. Il l’a baptisé F.‑A. Forel en hommage à François-Alphonse Forel, fondateur de la limnologie, la science des lacs. Ce submersible de recherche a exploré le Léman pendant près de trente ans, jusqu’à son retrait du service en 2005. Des scientifiques des universités de Genève et de Lausanne l’ont utilisé pour étudier l’écologie du lac, ses courants et les sédiments de son fond.
En 2011 a eu lieu la plus vaste expédition scientifique lacustre de l’époque moderne. Dans le cadre de l’expédition internationale Elemo, les submersibles de grande profondeur Mir-1 et Mir-2 sont descendus au fond du Léman. Ces deux sous-marins orange et blancs de 18 tonnes, connus pour avoir filmé l’épave du Titanic pour le célèbre film de James Cameron, ont exploré les zones les plus profondes et les plus dangereuses du lac. Parmi elles figuraient les canyons sous-marins du Rhône, à plus de 300 mètres de profondeur.
Les scientifiques ont prélevé des carottes de sédiments pour analyser la propagation des micropolluants et mieux comprendre les glissements de terrain sous-marins. C’est l’un de ces glissements, provoqué par l’éboulement, qui avait contribué au tsunami dévastateur de 563.
Bien qu’il ne soit pas relié aux océans, le Léman a son propre rythme. Les variations de pression atmosphérique et le vent peuvent faire osciller l’eau d’un bout à l’autre du lac, un peu comme dans une immense baignoire. Ces mouvements, appelés seiches, font monter et descendre le niveau de l’eau le long des rives. Contrairement aux marées océaniques, ils ne sont pas provoqués par l’attraction gravitationnelle de la Lune et du Soleil.
Pendant mes visites, les participants me disent souvent que le Léman ressemble à une véritable mer, le sel en moins. Avec son horizon qui semble sans fin, les cris des mouettes et ses eaux changeantes, on peut facilement se croire dans une station balnéaire de luxe.
Le lac Léman n’a pas toujours porté le même nom sur les cartes. Au Moyen Âge et à la Renaissance, sa partie la plus large et la plus profonde, le Grand-Lac, était parfois appelée « lac de Lausanne » (Lacus Lausannensis), signe de l’influence de Lausanne à cette époque.
Chaque région tend à s’approprier sa partie du lac. Genève ne fait pas exception et est à l’origine de l’appellation « Lake Geneva », familière aujourd’hui à de nombreux anglophones. Ces différents noms témoignent des influences locales concurrentes, mais « lac Léman » reste son nom officiel en français.
Si beaucoup de personnes à l’étranger associent le lac à la Suisse , les habitants de la région savent qu’il possède une véritable « double nationalité ». Environ 60 % de sa surface appartient à la Suisse et 40 % à la France, la frontière traversant le lac. Chaque jour, des milliers de frontaliers français franchissent cette ligne invisible à bord des bateaux de la CGN pour rejoindre leurs bureaux à Lausanne ou à Genève.
Cette double nationalité implique un autre paradoxe suisse : le Léman est le plus grand lac d’Europe occidentale, mais, puisqu’il est partagé entre deux pays, il n’est pas le plus grand lac situé entièrement en Suisse. Ce titre revient au lac de Neuchâtel.
Comment parler du Léman sans évoquer le célèbre Jet d’eau emblématique de Genève ? Haut de 140 mètres, il est aujourd’hui apprécié pour sa beauté et attire les visiteurs. Pourtant, il n’avait pas été conçu pour devenir un monument.
En 1886, il servait de soupape de sécurité pour évacuer la surpression de la première installation hydroélectrique de la ville, sur le Rhône. Devant l’admiration suscitée par cette puissante colonne d’eau, les ingénieurs ont amélioré le dispositif, l’ont éclairé et l’ont déplacé au centre de la rade.
Une nécessité technique est ainsi devenue l’un des emblèmes de la Suisse et l’une des plus hautes fontaines du monde. Le Jet d’eau a même été photographié depuis l’espace : en 2021, l’astronaute Thomas Pesquet a partagé une photo prise depuis la Station spatiale internationale sur laquelle on pouvait le distinguer.
Quels faits avez-vous découverts et lesquels avez-vous retenus ? Partagez vos impressions dans les commentaires.
L’autrice, Iia Lyskova, est guide spécialiste de Genève et de la Suisse. Elle vous accompagne dans l’univers du savoir-vivre et propose des visites originales, des itinéraires sur mesure pour les particuliers et les groupes, ainsi que des services de conciergerie VIP à Genève et dans toute la Suisse.
Crédit photo : Byrnison via depositphotos.com ; MichalLudwiczak via depositphotos.com
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