Pour une poignée de lettreux : réflexion d’un jeune diplômé

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lettreux

Vous êtes fraîchement diplômé de la Faculté des lettres et vous ne souhaitez pas commencer votre carrière dans l’enseignement ou poursuivre dans la voie royale du doctorat. Il est temps de vous poser la question de votre avenir professionnel. Celle-ci peut se poser sérieusement à vous tardivement, comparativement à vos condisciples des autres facultés.

En effet, à défaut d’un travail, la plupart des universitaires ont tout du moins eu une direction qu’ils ont eu le loisir de renforcer au cours de leur cursus universitaire avec l’appui du corps enseignant. C’est n’est pas le cas en lettres.

Que peut donc faire un étudiant en lettres à la sortie de ses études ? Quelles sont ses options ? Quelles sont ses compétences ? Quelle est sa plus-value sur le marché du travail ? Et que peut-il faire pour rendre son profil plus attrayant ?

 

Les lettres : un réservoir insoupçonné de talent ?

Les lettres regroupent un ensemble de formations hétéroclites qui peuvent rendre difficiles d’identifier un ensemble de compétences communes à toutes. Pourtant, comme un ancien doyen de la faculté, Nicolas Zufferey, l’a exprimé, les lettres offrent une palette d’opportunités plus qu’intéressantes. En dehors d’endosser le rôle de garant de la démocratie tel que l’argumente l’auteur de cet article, les études en lettres permettent en effet d’acquérir des compétences propres à la faculté.

 

Les lettreux : des couteaux suisses ambulants ?

Un étudiant en lettres est avant toute chose formé à produire une réflexion construite et critique. La production régulière d’attestations, de dossiers de taille conséquente tout au long des études permettent d’acquérir d’excellente compétences rédactionnelles, tant du point de vue stylistique, que structurel et argumentatif.

Qui plus est, le point d’honneur de la faculté à maintenir un certain niveau de langue, ainsi que la quantité de littérature demandée durant les études permettent aux lettreux d’avoir l’un des meilleurs niveaux entre toutes les facultés confondues.

Enfin, deux des principales qualités insufflées aux lettreux sont sans doute l’autonomie et l’adaptabilité. L’autonomie est acquise en raison de l’organisation même de la Faculté des lettres. Celle-ci balise en effet moins son cursus que les autres facultés et force ses étudiants à devoir gérer leur parcours, afin de ne pas se retrouver dépassés par les examens, les dossiers d’attestation ou encore les éventuels examens de rattrapage. Celui-ci doit aussi faire preuve d’organisation pour respecter les délais et organiser son travail par lui-même demande une certaine discipline personnelle.

L’adaptabilité dont doivent faire preuve les étudiants provient du large écart méthodologique entre les différents départements.

Les lettres apprennent avant tout aux étudiants à penser par eux-mêmes et à pouvoir réfléchir et traiter n’importe quel sujet. Les lettreux doivent savoir faire des recherches sur le sujet qu’il ont à traiter, ils doivent savoir se poser les bonnes questions et trouver les réponses à celles-ci. La force des lettres, c’est justement cela, apprendre à l’étudiant à traiter n’importe quel problème dans n’importe quel milieu.

Mais, il doit aussi savoir présenter son sujet et argumenter pour convaincre le professeur ou l’auditoire. Ce sont autant de compétences en communication qu’il acquiert sans s’en apercevoir.

 

Un diplôme et maintenant quoi ?

Une fois son diplôme en poche, la question fatidique de l’emploi a de forte chance de se présenter et d’en déstabiliser plus d’un. Parmi les éléments perturbants, celui de la quantité d’options à disposition est sans doute celui qui effraie le plus.

La raison derrière ce désarroi provient probablement de la même source que les qualités évoquées plus haut. Une trop grande variété de possibilités peut en effet rebuter,et choisir parmi celles-ci peut donner le sentiment de renoncer à une certaine liberté à laquelle l’on s’était habitué.

Lors d’une table ronde organisée par la Faculté consacrée à l’après-études, vous avez en effet de fortes chances de trouver pêle-mêle des assureurs, des voyagistes, des commissaires-priseurs ou encore des journalistes.

En d’autres termes, ces professions sont si différentes qu’il est difficile d’établir un choix. Pourtant, chacune d’elles relève des mêmes compétences listées précédemment.

Chacune requiert une dose d’adaptabilité et d’autonomie qui permettent de répondre aux imprévus qui arriveront à coup sûr dans ces professions. De plus, un certain niveau de culture leur permettant de proposer des contenus originaux et nouveaux est également nécessaire.

 

Quelles formations complémentaires ?

C’est un fait : La Faculté des lettres ne s’engage pas autant que les autres facultés dans la préparation des ses étudiants à la vie professionnelle. Ainsi, il est fort probable que l’étudiant en lettres doive lui-même aller chercher ce qui lui manque. Et c’est justement à cela qu’il a été formé.

Le premier pas à faire, qui plus est, dépend de l’étudiant lui-même. Il faut avant toute chose se fixer une direction. Il serait en effet difficile pour quiconque d’établir ce qui lui manque sans savoir ce qui lui est nécessaire en premier lieu.

Il ne s’agit pas ici de choisir une carrière dès le début. En effet, c’est au fur et à mesure de ses expériences professionnelles que l’étudiant arrivera à peaufiner son choix. Dans un premier temps, il faut toutefois décider si vous vous destinez à une carrière académique ou bien si vous voulez mettre en pratique les compétences assimilées durant vos études.

 

Un cas pratique : le journalisme

Un exemple pratique est la plupart du temps plus clair que la théorie. Voyons ce que cela donnerait à travers celui du journalisme. Celui-ci offre une excellente perspective de ce que les compétences acquises au cours des études peuvent présenter d’attractif pour un employeur et de ce qu’il peut manquer à la formation des lettres.

En premier lieu, le métier de journaliste requiert bon nombre de qualités enseignées. Une curiosité naturelle, une aisance rédactionnelle, une capacité à s’auto-gérer ou à s’adapter face à des situations imprévues figurent parmi celles qu’un lettreux à offrir.

Cependant, un journaliste en devenir a également besoin de consolider ses acquis en les complétant. Plusieurs choix s’offrent alors à lui : Celui d’une formation continue pourrait alors devenir particulièrement intéressant. Cela lui permettrait alors d’acquérir des compétences plus pratiques, telles que celle de la bureautique ou de la vidéo. L’Etat de Genève offre des chèques de formation permettant de suivre ces cours dans des institutions telles que l’Ifage.

Un autre moyen d’acquérir parallèlement compétences et qualités est celui du stage. La pratique en contexte d’un métier est sans aucun doute le meilleur moyen de confronter ses attentes et ses doutes vis-à-vis d’un choix. Dans le cas du journalisme, les réunions éditoriales ou encore les deadlines inattendues avec le stress qui en découlent ne peuvent pas être enseignés dans les murs de l’université.

Une autre excellente façon de développer son profil professionnel au cours de ses études est celui des activités extracurriculaires. Rejoindre un club ou une revue permet de se familiariser avec un métier dans un cadre décontracté et sans l’importance des enjeux que le monde professionnel comporte. Dans le cas d’un journaliste en herbe, rejoindre l’une des nombreuses revues étudiantes serait une façon d’acquérir une première ligne à son CV.

 

En conclusion

Un lettreux a énormément à apporter sur le marché du travail. Toutefois avant de s’inventer un avenir, il lui appartient de faire preuve d’autocritique.

C’est là que les initiatives à prendre mentionnées plus haut sont primordiales. Elles permettent d’identifier ses points forts et de voir quelles capacités sont encore à développer pour devenir un candidat pertinent dans le domaine professionnel que le lettreux souhaite intégrer.

Enfin, probablement le plus important à retenir est sans doute qu’il appartient à l’étudiant d’aller chercher ses propres expériences pour ensuite construire à partir de celles-ci. Les lettres ont effectivement beaucoup à offrir en matière de compétences et ont une capacité d’adaptation immense.

 

Lectures complémentaires :

Chercheurs universitaires : des talents insoupçonnés par 

Les étudiants sont-ils trop formés dans les universités ? par

10 raisons d’engager : un jeune diplômé à la recherche de son premier emploi

 

Photo credit : flickr by nicointokio – Creative Commons (CC BY-NC-SA 2.0)

Alexandre Tonetti Alexandre Tonetti

Spécialisé dans la culture japonaise, j’ai un intérêt particulier pour les relations entre l’archipel et notre confédération.
Étant titulaire d’un Master en Langue et culture japonaise et ayant étudié et travaillé au Japon, j'ai pu développer une version originale du monde.
Ma connaissance culturelle de chaque pays me permet d’établir un pont entre les deux pays et fait de moi un interlocuteur de choix familier des différents us et coutumes que ma maîtrise de la langue japonaise vient confirmer.

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